12.10.2007

Les maux du siècle

La jeune Luan Tanqin, 8 ans, vient d’être admise au service des Maladies Occidentales de l’hôpital Sanba, dans le district de Luwan, ici à Shanghai. Elle sera suivie par le Professeur Chan Mao-Dzi, un spécialiste taiwanais de renommée internationale, recruté il y a quelques mois en raison de l’augmentation anormale du nombre de patients atteints par deux maladies minant la jeunesse shanghaienne : l’obésité et la puberté précoce, dérèglements représentatifs de la société occidentale.

C’est dans son école que Luan Tanqin a été arrêtée par les agents de la Sécurité publique appelés en urgence par la principale après que la jeune enfant s’était enfermée dans les toilettes de l’établissement avec Zao Wuwan, un garçonnet de 10 ans dont les cris avaient fini par alerter le personnel : en défoncant la porte le portier de l’école l’avait trouvé allongé à moitié nu sur le carrelage avec une Luan Tanqin qui tentait maladroitement de le violer. Interrogé par la police il déclarait textuellement qu’elle l’avait obligé à lui caresser sa « boîte à lait[1] » tandis qu’elle lui enfoncait les doigts à travers « la porte de la  boîte à caca[2] » et prenait sa « petite tortue[3] » dans la bouche. Les inspecteurs avaient été confondues par l’énergie et la puissance, ou l’urgence, des besoins sexuels déployés par la petite Tanqin qui avait réussi à terrasser le jeune Wuwan, 68 kilos pour un mètre quarante-deux.

Ce fait divers n’offre en soi qu’un intérêt mineur si ce n’est que la puberté précoce, phénomène qui touche en priorité les fillettes, devient un sujet d’inquiétude grandissant parmi les autorités politiques et médicales de Shanghai, ainsi que d’autres grandes villes des provinces côtières, elles aussi en pleine croissance économique.

Tourmentées par des pulsions sexuelles de plus en plus tôt et très en avance sur la période normale de la puberté, les enfants shanghaiennes (entre 6 et 10 ans) victimes du fléau représentent déjà le tiers des patients dans les services de pédiatrie de la ville. La chose est alarmante mais les autorités restent pour l’instant perplexes sur l’origine et les moyens d’expurger cette calamité.

Pourtant selon l’opinion généralement répandue parmi les psychologues chinois qui se sont penchés sur la question les coupables sont au nombre de deux : les fast-food et la télévision.  Les Macdo et les KFC omniprésents dans les rues de Shanghai fournissent en effet une nourriture beaucoup trop riche en graisses ce qui entraîne un développement anormal des hormones de croissance ; il est peut-être plus difficile de l’admettre mais les émissions sur les chaînes de télévision chinoises abondent en «  scènes sexuelles qui excitent et déroutent dès le plus jeune âge ».

En clair les enfants chinois mangent trop de cette nourriture occidentale malsaine pour le corps et l’esprit, ils/elles regardent trop la télévision au lieu de faire leurs devoirs ou d’aider leurs parents aux tâches ménagères.

Comment ne pas être convaincu par la logique et la rationalité de ces explications ?

D’ailleurs dans les traitements proposés pour supprimer les troubles, ou du moins les contrôler, avec les douches glacées, les vêtements larges, le sport individuel et la lecture, il est fait une large place à la nourriture chinoise traditionnelle, pauvre en mauvaises graisses, bien meilleure pour la santé humaine et le développement harmonieux que les hamburgers, le fromage fondu ou les frites.

Je regarde chaque soir la télévision chinoise, très au-dessus des niveaux de la télévision française, j’apprécie plus particulièrement les drames historiques reconstitués, notamment ceux de la période impériale, souvent de grande qualité, mais même en cherchant bien j’aurais beaucoup mal à me souvenir d’une émission ou d’un téléfilm riche en « scènes sexuelles » à la chinoise, avec un sein qui se découvre, deux corps sous un drap de lit,  un long baiser d’amoureux.

Ah, si, peut-être, dans ces continuels défilés de mode, concours de mannequins, élections de Miss N’importe Quoi dans beaucoup d’émissions le soir après 18 heures, dont l’obscénité pouvait effectivement faire tourner la tête des jeunes demoiselles de 6 à 10 ans en y plantant l’insidieuse graine des pensées mauvaises.



[1] 奶子 nai zi , en français dans le texte :  ses seins

[2] 肛门 gang men , en français dans le texte : son anus

[3] 小王八 xiao wangba, en français dans le texte : son pénis