26.09.2007

Chine, la vie quotidienne, le métro, un verger,

Je raconte la Chine des oubliés, des laissé pour compte, des paysans expropriés, des mingongs, de tous ceux qui ont été exclus de la course au progrès et qui n'ont pas les moyens, ou le désir, de s'occidentaliser sans nuances, cette Chine que l'on cache et qui, peut-être, et comme à de multiples reprises au cours de son passé impérial finira par se soulever?

Je mets en scène des faits divers tirés de la presse chinoise

 

En Chine, au milieu de nulle part, une station de métro, un potager

Les promoteurs immobiliers chinois sont souvent des bâtisseurs visionnaires: ainsi dans la banlieue d’un gros bourg, presque en pleine campagne, ils ont imaginé la création d’un nouveau Central Park, ou un Pudong bis ; le projet n’est pas complètement mûr et les plans sont encore approximatifs, mais qu’importe : dans le showroom on en rêve déjà. 

Pour faire avancer les choses dans le sens de l’irréversible ils ont construit une station de métro flambant neuve parmi les palmiers, les parcelles de champs péniblement cultivés, les immeubles de béton gris ; ;tous les jours il faut en nettoyer les accès, balayer le sable et la poussière pour l’ inauguration qui n’aura probablement jamais lieu, car aucune ligne n’a encore été prévue ; la station fonctionne pourtant, avec un faux métro en carton-pâte dans lequel la population apprend à respecter les règles d’une société civilisée : ici, c’est s’exercer à monter dans la rame sans resquiller ni se bousculer, en restant bien dans la file ; ou à en descendre en bon ordre, après l’ouverture intégrale des portes .

Les immeubles de béton gris, eux, vont être rasés ; d’ailleurs leurs habitants ont déjà reçu les avis d’expulsion, les appartements se vident inexorablement, la laideur, l’humidité, et le laisser aller reprennent possession exclusive des lieux ; quelques irréductibles s’obstinent à vouloir rester, à leurs risques et périls : l’eau ne coule plus, les raccordements électriques semblent hasardeux, la bonbonne de gaz, le réchaud ont des comportements parfois surprenants, la bouilloire fume alors qu’elle aurait dû rester froide, l’huile brûlante gicle du wok quand les allumeurs sont éteints, c’est à ne plus rien comprendre. Pourtant il n’y a pas d’autre solution : l’indemnité d’expropriation ne couvre pas les frais de retour dans le village ancestral. Seuls les mingongs[1] venus travailler sur un chantier qui n’existe pas encore, arrivent à s’en sortir sans salaire : ils savent comment se nourrir, ils ont aménagé un petit potager qu’ils soignent minutieusement ; pourtant nous sommes à proximité d’une zone manufacturière, on arrose avec des eaux usées , les systèmes d’irrigation sont défectueux depuis longtemps, les déchets domestiques ou industriels n’ont jamais été proprement éliminés, les sols sont contaminées par les métaux lourds et les pesticides, mais pour l’agriculture c’est une aubaine et les résultats le prouvent: la taille des légumes (brocolis, épinards, choux, haricots…) est proprement sensationnelle ; les arbres poussent à une vitesse ahurissante, les fruits (pastèques, melons…) parviennent à maturité hors saison et dans des temps record.

La qualité des terres agricoles et celles des polluants organiques persistants, très certainement.

 

Stéphane Fière

 

(la suite au prochain numéro)

 A LIRE AUSSI: l'article du Monde des Livres en date du vendredi 28 septembre 2007 à propos de mon roman La Promesse de Shanghai dans la collection Babel d'Actes-Sud)

[1] Paysans ayant quitté leurs villages dévastés par la pauvreté pour venir chercher du travail,, en général dans le bâtiment, dans les grandes villes chinoises.