03.10.2007

un nouvel hymen

崭新的处女膜[1]

Daprès la conception marxiste une femme qui vend ses atouts corporels ne peut le faire que par contrainte, afin de subvenir à ses besoins ; pendant la période maoïste l’égalité étant acquise et les besoins matériels de base satisfaits, point n’était donc besoin de recourir à la prostitution pour améliorer un train de vie identique pour tout le monde. Certes certains « services » sexuels pouvaient être apportés à des cadres dirigeants en échange de menus cadeaux ou privilèges mais il ne sagissait jamais de prostitution, simplement d’ « aide mutuelle et de coopération dans lamélioration de la santé physique[2] » qui entraient droit dans le cadre de la « transformation socialiste [3]» mis en œuvre par les plus hautes autorités du régime.

Le début de la campagne de « réforme et douverture » des années 1980 et le lancement du slogan « devenir riche est glorieux » ont permis lapparition au grand jour de nouvelles formes de prostitution plus en phase avec les exigences morales de la déferlante capitaliste ; on parle ainsi de «  二奶[4] »  « 包婆[5] »  « 三厅[6] ». Á chaque besoin une solution appropriée.

En Chine le déséquilibre des sexes, lié à la politique de lenfant unique, du contrôle des naissances et de linfanticide des bébés filles, entraîne une surpopulation masculine et avec elle une hausse de la demande, et un dilemme pernicieux : où et comment trouver les jeunes filles pour satisfaire des besoins en pleine croissance ?

La population féminine dans les universités, les lycées et les collèges n’étant pas en forte augmentation, des agences pour lemploi un peu particulières ont été mises en place, souvent de manière officieuse, pour aller chercher dans les campagnes appauvries et les montagnes reculées, des jeunes filles, mineures ou non, en leur promettant (à elles et à leurs parents, souvent peu au fait des conditions de vie dans les grandes villes des provinces côtières en raison de leur isolement géographique et culturel) un travail bien rémunéré, avec un large pourcentage des revenus obtenus pouvant être transférés à la famille afin de lui permettre de subsister quelque temps encore, en attendant le prochain versement.

Qui oserait dire non à de pareilles opportunités ? Comment refuser une telle aubaine ?

Pourtant, une fois de retour au pays natal après quelques mois ou quelques années de dur labeur, la reconversion est souvent délicate car il est impossible de trouver un mari peu regardant sur la pureté virginale, ce serait lui faire perdre la face.

Mais nous sommes en Chine et une solution a été trouvée.

Á Shanghai, par exemple, le service de gynécologie de lhôpital numéro 38, sest spécialisé dans la restauration dhymens. Une opération dun coût presque raisonnable (3000 renminbi) et de courte durée, simple (un fil, une aiguille, quelques points de suture) mais délicate et précise, qui se pratique sous anesthésie locale en reconstituant avec des lambeaux de lancien hymen défloré un hymen flambant neuf et de bonne tenue, même si un peu étroit et dune solidité approximative. Une semaine de repos ou dabstinence permet la cicatrisation définitive, et lors du premier rapport pendant la nuit de noces, un petit saignement et hop le tour est joué.

Lhôpital numéro 38 a lancé une grande campagne de publicité sur Internet qui sadresse « aux demoiselles de confort, aux jeune filles violées par leur patron, leurs supérieurs hiérarchiques, leurs voisins de palier, les gardes de la résidence, le banquier, le petit fonctionnaire, le professeur, lhomme daffaires, lintendant, le comptable, le cadre administratif, lami étranger, louvrier, lartisan, le mingong, le marchand de légumes, etc, etc… » bref tous ceux dans une quelconque position de pouvoir.

La même campagne de publicité a été lancée dans le métro et les journaux locaux mais la population visée est, curieusement, fondamentalement différente, il sagit de personnes ayant perdu leur hymen au cours dune activité non sexuelle comme le sport, la gymnastique, le cheval, le vélo, la masturbation.

 

Stéphane Fière

(la suite au prochain numéro) .


[1] Zhanxin de chu nu mo : un hymen flambant neuf

[2] 进化身体健康互助合作 : jinhua shenti jiankang hu zhu he zuo

[3] 社会主义改造 : she hui zhuyi gai zao

[4] Bao er nai : épouse-maîtresse ou seconde (s) épouse (s)

[5] Bao po : escort girl, pour une nuit ou quelque jours

[6] San ting : les filles qui officient dans les karaoké, salons de massage, hôtels, restaurants, magasins, etc, etc…

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